Modeste victoire de Sahid en CEI 2* en Angleterre
Cirencester 122 km

Dès sa première participation, Sahid des Fontaines remporte une CEI 2* de 120 km (14.25km/h de moyenne)
Les derniers mètres !
La conduite à gauche perturbe les conducteurs. Le pays exige des documents spéciaux. La traversée de la manche déleste le portefeuille (430 € pour notre attelage, mais il existe parfois des réductions). Les vétérinaires anglais éliminent trop volontiers (un seul cavalier à l'arrivée sur treize dans la 120 de 2008). Le voyage dure 13 heures. Par conséquent, les enduranciers du continent ne se rendent pas de bon gré au Royaume-Uni.
Depuis belle lurette, aucun Belge n'avait pris le bateau (les chevaux ne peuvent pas emprunter le tunnel).
Mais, Cirencester n'étant distant de Lambourn où vit notre fille Marie que de 40 km, nous avons écarté les difficultés et nous nous sommes engagés avec Sahid des Fontaines sur la CEI 2* de 122 km.
A l'occasion de sa première 120, l'objectif était de terminer, sans plus.
Implantées, dans une immense propriété privée (700 hectares !), les infrastructures bénéficient d'un site à la fois majestueux et bucolique. Les tilleuls et les chênes multi centenaires du parc dominent des allées larges comme des boulevards. Les pelouses, soignées à la façon « Wimbledon » s'étendent comme des lacs. On compte huit terrains de polo (275 mètres de long pour 145 mètres de large), soit la surface de cinquante terrains de foot !
Une forêt entoure le tout.
A 6h 15', au départ, je ne suis pas de bonne ! La veille, lors du contrôle initial au trot, Sahid se trémoussait de joie. Les vétos ont demandé un second trotting. Ils hésitaient, à deux doigts de ne pas nous laisser partir ! Je supporte de plus en plus mal d'être ainsi suspendu à la décision de vétérinaire dont la compétence est parfois limitée.
Il pleut. Les organisateurs n'ont rien prévu pour le petit-déjeuner. Or sans café, le matin de si bonne heure...
En plus, nous ne sommes que quatre sur la ligne. Jamais vu si peu de partants durant une CEI !
Mais Sahid va bien. Je prends la tête pour imprimer la cadence idéale. Le balisage est correct, sans plus. Il ne s'agit pas de relâcher l'attention. Ce qui ne n'empêchera pas quelques erreurs de navigation, sans conséquence car mes adversaires en seront eux aussi victime.
Pendant les deux premières boucles, nous restons groupés avec un Cheik saoudien et deux Anglaises performantes. L'itinéraire proposé est splendide, le sol souvent génial, parfois un peu de boue ou certains passages délicats dans des sentiers étroits.
Quelques spécificités britanniques : concert de bêlement en traversant des prairies à moutons où il faut mettre pied à terre pour ouvrir et refermer les barrières (à cinq reprises) ; des obstacles successifs qui refoulent les motos et que nous devons franchir au pas, les chevaux levant très haut les genoux comme au passage ; loin de tout, des toilettes mobiles à chaque point d'assistance avec les 4x4 (incroyable !); peu de ces points, car l'organisateur en a prévu pas mal avec des gens chevronnés et beaucoup d'eau pour les montures ; absence de balises pour le kilométrage, même pas au dernier km, on ne sait jamais où l'on se situe ; et aussi le charme, la bonne éducation des nombreux bénévoles.
Une autre particularité. Avant le contrôle initial, nous avons dû montrer la ferrure à un maréchal-ferrant. Le Cheik éliminé, nous restons à trois pour entamer la troisième boucle. Grâce à la rapide récupération de Sahid, nous repartirons au début de chaque étape plusieurs minutes avant nos concurents.
On me demande parfois à quoi s'occupe l'esprit durant ces multiples heures en selle. D'abord, il s'agit de ne pas perdre de temps bêtement en se trompant de chemin. L'essentiel de nos facultés se porte sur ce point. On guette aussi son cheval, attentif au moindre problème. Considérer les chevaux adverses peut être utile, de même réfléchir à la tactique de course. Et puis, il y a aussi les images.
En voici trois de Cirencester.
Comme préparation en vue d'un meeting aérien prévu dans la région le lendemain, la patrouille acrobatique britannique répétait. Tournant dans le ciel, les sept avions dessinaient des figures formidables.
La quiétude revenue, nous galopions entre un champ d'orge à droite et la forêt à gauche. L'un après l'autre, une dizaine d'écureuils quittaient les céréales pour se mettre à couvert. Leurs queues ondulaient. Un geste d'une grâce infinie. Plus loin, deux équipes de polo, face à face, immobiles, maillet en l'air, tenues parfaites, attendent le coup d'envoi.
Après 104 des 122 km prévus, Sahid s'élance en tête pour l'ultime boucle. Nous traçons à 17 km/h. Je me retourne fréquemment. Personne en vue. Finalement, nous ne conservons que 120 secondes de boni sur la ligne d'arrivée. Les deux Anglaises obtiennent les seconde et troisième positions.
Cette modeste victoire constitue un réel plaisir, car même si nous étions très peu, gagner une CEI n'est pas facile. Mais c'est surtout la manière et l'excellente forme de Sahid à la fin de la compétition qui contribuent à notre grande satisfaction.
Alenor Linotte et Marie Lequarré ont assuré parfaitement l'assistance.
Après quelques semaines de repos complet (il a beaucoup couru cette année) Sahid pourrait disputer une seconde CEI 2* 120 vers octobre.

Des allées larges comme des boulevards...

La première boucle
Rien à voir avec Sahid ou la course, mais finalement, conduire à gauche est assez facile !
Michel Lequarré
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