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LI Korum à Euston Park
160 km

LI Korum (archive 2010, avec Laura Fabry)
160 km à Euston Park avec LI Korum
J’aime l’Angleterre ! Le charme, le cachet des campagnes britanniques me semblent sans égal.
On admire de somptueuses futaies multicentenaires. Il y a des haies taillées au millimètre ou hautes et sauvages.
On suit de vieux murs qui mènent devant des châteaux, au cœur de parcs que des lords tirent à quatre épingles depuis vingt générations. Et les Anglais apprécient et respectent les chevaux. Les automobilistes roulent au pas dès qu’ils voient un cavalier !
On s’imprègne d’un terroir lors d’une épreuve d’endurance.
En sillonnant les pistes, 30 km au nord de Newmarket, je suis frappé par les ressemblances avec notre Hesbaye. Même genre de relief doux, mêmes champs de céréales, même type de terrain sablo-limoneux (plus sablonneux qu’en Hesbaye ). Mais une région est devenue un désert voué à l’industrie agricole tandis qu’ici au Norfolk, une sortie à cheval permet de découvrir un décor splendide. Entre les (grandes) plantations, des bandes de bois larges de 2 à 30 mètres et de petits bosquets constituent un maillage forestier. On repère quelques pièces d’eau et surtout on n’a pas abattu les vieux arbres. Les chemins ne sont pas en béton. Beaucoup de gibier subsiste et j’ai vu une harde de cerfs ! Comme la Hesbaye aurait pu demeurer belle !
Cela fait une année entière que je n’ai pas eu l’occasion d'attaquer une 160 et seize mois que je n’en ai plus réussi. J’étais impatient et anxieux, car LI Korum est un cheval performant (il l’a prouvé sous la selle de Romane Yernaux), mais il n’a jamais tenté la distance reine et nous le connaissons mal puisque je n’ai pas disputé la moindre course sur son dos. L’objectif est de boucler les 160 km à 17km/h de moyenne afin de décrocher une qualification pour les jeux équestres de Lexington.
Les organisateurs ont érigé sur le site des infrastructures provisoires de prestige. Pas étonnant, nous sommes accueillis dans le vaste domaine des Al Maktoum, famille régnante de Dubaï.
Départ à 7 heures (8 heures chez nous), très tard pour une 160 km ! Je suppose que les cheiks n’aiment pas se lever tôt. Cela m’arrange ! Cinquante-sept concurrents. Un plateau extrêmement relevé.
Cheik Mohammed et ses fils, d’autres Emiratis, des cheiks du Barhein, d’excellents Français et Espagnol ainsi que des Anglais. Nous sommes trois Belges. Dirk Blieck selle Nerveuse et Nelly Philippot est sur son Nugum.
Temps nuageux avec un coin de ciel bleu, petit vent, 17°, une météo parfaite.
Un groupe de 20 démarre fort. En moins de trois kilomètres, je ne les vois plus. Presque tous les Emiratis sont devant. Cheik Mohammed calé dans le sillage d’un de ses entraineurs, l’Espagnol Jaume Punti Dachs.
Li Korum, en longues foulées, file bon train. Il est facile à monter, plus énergique que lors des sorties à la maison. Heureusement, car d’habitude je le trouve un peu passif.
Au premier vet, il est agité comme un poulain. Inquiet, il regarde partout et ne tient pas en place.
Il met 9 minutes pour redescendre à 64 ! Néanmoins, quasi 19 de moyenne pour ces 39 km de la boucle initiale.
Sur l’aire de repos, il n’est pas à son aise et semble attiré par les chevaux voisins.
Il s'alimente peu, ne boit pas.
Cette seconde partie Li Korum évolue au sein d’un petit peloton de sept francophones (j’accompagne six Français) qui galopent à 18 km/h. Juste ce qu’il me faut. Sont là Barbara Lissarague, Virginie Atger et d’autres bons couples. Le cheval est à l'aise.
Mais au contrôle, il prend à nouveau trop de marge. Six minutes ! En repartant, nous sommes contraints de forcer sept kilomètres à vive allure pour rejoindre les Français. Il vaut mieux, car derrière, il y a un trou énorme, puis des cavaliers anglais qui trottent autour de 15 km/h.
Il en sera ainsi à toutes les boucles : retard au passage du in, cavalcade de 3 à 6 km et retour parmi les Français.
A chaque fois LI Korum bien en jambe comble l’écart. Entretemps les examens devant les vétos sont sans anicroche et il boit tout en mangeant un peu. A trois reprises, je croise le train des leaders. Une quinzaine de flèches du désert déboulent à près de 25 km/h dans un nuage de poussière. Très impressionnant ! J’ai nettement la vision d’une discipline à deux vitesses. Les sportifs du golfe (ou leurs chevaux) et puis les autres… La première Française, Lisa Riou, terminera à une heure du vainqueur, Cheik Mohammed. Pourtant elle achèvera la course à 19.52 !
Pour mes deux compatriotes, c’est une mauvaise journée. Dirk Bliek se voit empêché dés la fin de la boucle initiale, une suspicion de boiterie qu’il n’admet pas. Quant à Nelly Philippot, malgré son formidable dynamisme, elle est recalée devant la porte du km 120.
Unique point noir, je ne m’explique pas ces longues attentes devant le in.
Pour relancer sur l’ultime section de 20 km, il faut une fois de plus boucher un trou de 3 minutes. Devant moi le groupe a fondu, ils ne forment plus qu’un trio. Après 5 km, Ali me signale que l’écart est toujours de 3’. Li Korum, tout seul avance encore, mais je sens que ses membres deviennent lourds. Il reste 13 km. Quelqu’un me dit que l’intervalle vient de franchir les cinq minutes. Ils accélèrent devant. Cette fois, je ne reviendrais pas ! Nous levons le pied.
Je dois m’employer pour finir au galop. Mais mon cheval est courageux et en solitaire, il conclut l’épreuve par 20 derniers km à du 16.97, pour une moyenne générale de 17.63 en battant le record de notre écurie. Challenge ok et 19e rang! Et après une 160 réussie, une douce impression d’accomplissement, presque de l’euphorie. La confirmation de jouir d’un vrai bon performeur augmente notre bonheur, car, évidemment, nous sommes une équipe.
A l’assistance d’Ali, parfaite comme toujours, s’ajoutent Julie Kinna et son compagnon Grégory qui ont été d’une grande efficacité. Sophie Demanez a contribué aux séances de préparation. Un immense merci à eux quatre !
Les jeux mondiaux auront lieu pour l’endurance, le 26 septembre. L’entraineur national avait le choix entre six couples qualifiés pour quatre places, dont nous, suite à cette course d’Euston Park. Le jeudi 29 juillet, Pierre Arnould a communiqué sa sélection. Nous sommes réservistes !
Nous n’irons au Kentucky pour le Championnat du Monde que si un remplacement s’avère nécessaire. A moins que la fédération ne décide d’ajouter un cinquième, comme le règlement le permet. C’est le vœu de la commission nationale d’endurance.
Michel Lequarré
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