Bess Ess-Ob, troisième cheval de Bois du Roi
dans la chapelle des 160

Première boucle, le soleil vient de se lever. La journée sera longue et la fin palpitante...
Fisherhude, petite localité en lisière de Brême, dans un pays de polders organise une CEI de 160 km
(cette fois 165 !) plate comme la main. Les sols sont d'excellente qualité.
A 6 heures, ce 18 avril, nous ne sommes que 7 cavaliers au départ. Trois Allemands, un Français, une Suédoise, une Hollandaise. Je suis le seul Belge. Notre peloton restreint ne manque pourtant pas d'excellence, je m'en apercevrai en fin d'épreuve !
Il y a du monde sur le site, car les CEI 80, 100 et 120 rassemblent environ 75 partants au total.
Il fera 19° à 16h. Pas un nuage et vent frais. L'idéal, des conditions de courses parfaites.
Après quelques kilomètres, nous nous retrouvons à trois en tête, l'allemande Gabriela Förster (Priceless Gold) avec qui je parcourrai les cinq premières boucles et le français Christophe Dupau sur Shali Khan. Vers le 15e km, alors que nous allons bon train, mais sans exagérer (17 km/h), le français se laisse distancer. A partir de là, la situation ne changera plus jusqu'au 140e km.
Dupau chevauche à bonne distance de notre duo, l'écart fluctuant entre 3 et 14 minutes. Lors des vets, Bess devance Priceless Gold de 60 à 180 secondes. Il récupère assez bien en 2' 45 ‘' environ. Sauf à deux reprises parce qu'il doit uriner. Le cœur redescend en dessous de 64 immédiatement après la miction, mais nous perdons quelques instants. Comme nous gaspillerons aussi presque un quart d'heure au cours de la seconde boucle pour retrouver le balisage après un croisement sans indication ! Des minutes précieuses qui manqueront en fin de course ! Mais Bess est magnifique. Il boit. Il profite des pauses pour manger abondement. Les critères vétos demeureront excellents du début à la fin. Et il galope sans problèmes. Ce n'est qu'au 115e km que je talonne pour la première fois.
Au départ de la 6e et dernière partie (21 km), je m'élance avec 2 minutes d'avance sur Gabriela Förster. Je suppose qu'elle va réapparaître rapidement, car son Priceless Gold produit une formidable impression depuis le matin. Néanmoins, comme Bess répond aisément à mes sollicitations, je décide de tenter de finir seul. Et cela fonctionne. Pas de cavalière allemande à l'horizon ! A 6 km du but, mon cheval ne faiblissant pas, je peux imaginer la victoire ! Il est près de 20 heures. Le soleil dans mon dos m'éblouit et je ne vois pas le Français, qui a rejoint l'Allemande, revenir à toute vitesse. A 4 km, je les aperçois enfin, et il ne me reste plus que 300m de boni ! Comme sur un cross, facilement, Bess accélère. Le coup reste jouable !
Malheureusement pour nous, nos adversaires émargent dans la catégorie d'élite et à 1100 mètres de la ligne, ils fondent sur nous comme des bolides et nous devancent dans l'élan d'une quarantaine de mètres. Bess se presse plus encore, se hisse à la même vitesse, mais je sens qu'il ne peut plus rivaliser pour la victoire et à 400m, je lève le pied…
En franchissant la ligne, mes sentiments sont mélangés. Déception de ne pas l'emporter après avoir galopé dix heures et mené 164 km sur les 165, mais grande joie de terminer une 160 avec Bess que toute notre équipe concocte pour cela depuis 4 ans.
En plus, il y la manière. Une carte véto parfaite, une moyenne de 16,60 et la dernière boucle à 19,5 ! Le vainqueur, Cristophe Dupau achève la course à 22,5 km/h pendant 21 km !
Jacqueline Brisy et Alienor Linotte s'animent depuis 5 heures du matin. En soirée (à 22h), elles travaillaient encore pour préparer Bess à l'examen de la meilleure condition que notre beau gris gagne haut la main.
Un superbe lot de consolation pour notre équipe !
Après Habibate Resin (3 x 160) et Kwinjy (3), Bess devient le troisième cheval Bois du Roi à faire son entrée dans l'endurance de haut niveau.
 
Une épreuve d'endurance, c'est avant tout un travail d'équipe.
La plus grosse part du travail revient évidemment au cheval. Il fournit un effort inouï !
Ensuite l'assistance de Jacqueline Brisy et d'Alienor Linotte (à gauche ) est déterminante.
Enfin vient seulement la contribution du cavalier. C'est pourtant lui qui reçoit les trophées !
Bess obtient un fantastique troisième prix et décroche en plus la meilleure condition lors d'une belle remise des prix à l'allemande.
Michel Lequarré |