Vladimir fait de l'endurance

Vladimir, cavalier de 35 ans n'est pas un champion et ne s'en formalise pas.
Dégrossi par quelques stages quand il était enfant il s'était écarté du monde équestre avant d'y revenir par hasard parce que son agréable voisin possède deux chevaux. Cela fait maintenant quelques années qu'il ne manque pas sa promenade du dimanche matin. De fil en aiguille, il a même acheté un bon compagnon d'extérieur (nommé Chunar) avec lequel il se sent bien.
Un jour qu'il pleuvait, pressé de rentrer à l'écurie, son groupe de copains a trotté à vive allure durant cinquante minutes. Vladimir remarqua que sa monture soufflait peu. Une autre fois ils s'étaient perdus dans les Ardennes et une randonnée avait duré dix heures. Seul Chunar allait encore bon train. Comme son cheval lui semble résistant, notre homme se tournerait volontiers vers l'endurance.
Et justement, une compétition s'organise dans dix jours à cinquante km. Il décide de s'inscrire.
Novice et naïf le Vladimir !


Quelqu'un lui dit qu'il devrait s'informer, car il y a des « formalités ». A la fédération LEWB (Ligue Equestre Wallonie Bruxelles) où il téléphone, une employée aimable lui annonce que s'il souhaite se lancer dans le processus des qualifications (c'est le cas) il doit d'abord obtenir une licence E02. Aucun souci, sauf que l'obtention de ladite licence n'est délivrée qu'aux seuls titulaires de l'étrier d'or. Vladimir met quelques minutes à comprendre que s'il veut débuter en endurance, il devra réussir un examen capacitaire…Toujours aussi naïf, il demande s'il peut se présenter dans les prochains jours. Aucunement décontenancée (seulement un peu tendue), son interlocutrice explique que cela s'avère impossible et lui suggère de prendre les renseignements dans une école d'équitation.
Pas de course dans dix jours pour Vladimir !
Il y a bien la possibilité des 20 km, mais c'est moins que ce qu'il parcoure chaque fin de semaine au sein de son groupe d'amis.

Au manège, après un test, le moniteur estime que le candidat pour l'étrier d'or Vladimir a besoin de 60 heures de leçons sur le plat, plus environ 35 heures supplémentaires d'obstacles. Il peut suivre les séances avec Chunar (420 € en cours collectif), mais pour l'obstacles, il lui faut un cheval instructeur, car sa monture n'a jamais sauté (510 €). Il a beau « ne pas se la jouer », ce diagnostic sur ses capacités le laisse un peu vacillant. Il calcule que s'il s'astreint à deux cours par semaine, sa formation durera quasiment un an…

Un an plus tard

Le grand jour est arrivé ! Ou plutôt le jour maudit, car Vladimir, malade d'anxiété à l'idée de présenter l'examen
(50 € pour droit d'examen et location du cheval) vit une véritable torture morale dont il n'ose évidemment parler à personne. Son enseignant lui a pourtant affirmé que c'était dans la poche, à moins que…
Il tente de se rassurer en repensant à toutes ses leçons. Assidu, il sait qu'il a beaucoup progressé. N'empêche qu'il ne peut rien avaler. Heureusement, parmi tous les gamins une autre adulte se porte candidate en même temps que lui.
Grâce à l'excellente préparation, il réussit brillamment, remercie le moniteur et celui-ci lui souhaite bonne chance pour l'endurance.
Depuis des mois, il travaille son cheval. Dans 15 jours, il compte bien inaugurer sa carrière sportive !
Il a acheté un bridon spécifique en biothane (90 €), une selle Gaston Mercier d'occasion (750 €) et un joli tapis de la même marque (80 €)

Il transforme sa licence L01 en E02 (26 €) via la ligue où il apprend que son cheval doit être « immatriculé », non pas à la ligue, mais à la  FRBSE (Fédération Royale Belge des Sports Equestres) . A la FRBSE on lui signale que Chunar devrait d'abord être recensé à la CBC (Confédération Belge du Cheval). Vladimir commence à s'énerver ! Mais bon il en a trop fait pour reculer maintenant.
Il appelle son vétérinaire pour les documents, le signalement plus la puce (82 €), puis prend une demi-journée de congé et se déplace à Ciney afin d'obtenir le passeport de Chunar. Ensuite, il peut immatriculer sa monture à la FRBSE par fax, après un virement (75 €).Comme il a oublié de faire vacciné son cheval, le véto revient et vaccine (42 €).

Au bout du compte, voici le moment de s'inscrire pour la première fois. Via internet, pense-t-il, cela devrait être le plus simple. Il essaye pendant une demi-heure, mais cela ne marche pas, car l'immatriculation récente de son cheval ne le permet pas. Il passe un coup de fil à la FRBSE (heureusement, heures ouvrables) qui le renvoie à la ligue où enfin on lui procure le nº d'immatriculation de Chunar. Ce qui lui donne la possibilité d'avancer dans la procédure d'inscription. Au stade de finaliser le paiement, on lui demande d'utiliser un « lecteur de carte de crédit » qu'il ne possède pas. Il faut se rendre à la banque le lendemain pour en commander un. Entretemps la date limite est dépassée et il devra payer sur place le double du droit d'engagement (40 €). Qu'à cela ne tienne, Vladimir dorénavant au-delà tout niveau kafkaïen s'en moque.

Après avoir fait installer une attache de remorque à son véhicule (325 €), il emprunte le van de son voisin pour le dimanche suivant.
Aucun problème sur la course, sauf que Vladimir a rencontré des terrains plus durs que ceux qu'il choisit habituellement lui-même. A l'issue de ses premiers 30 km à 12 km/h, il jubile presque, vraiment très content.
Il sait ce que ces malheureux petits kilomètres ont exigé de lui. Reste l'ultime contrôle vétérinaire. Sur l'aire de trotting, il est dirigé vers le couloir extérieur, contre les banderoles publicitaires. Chunar en à peur et se laisse trainer, ne trottant que quelques foulées de travers. (Vladimir n'a pas encore appris à présenter un cheval…)
Je regrette lui annonce le jeune véto sans ménagement, mais « Votre cheval boite. Je suis obligé
de vous éliminer !
 »

Ah ce saint homme de Vladimir ! 

Michel Lequarré

 

 


 

 

[contact : Manège@boisduroi.be ] 24, La Heydt 4608 Warsage Tél : 04/ 376 66 79
Mise à jour : 10-sep-09 ]