Vers le cheval « animal de compagnie » ?



Un article intéressant dans l'excellente revue  « l'Eperon » n° 263 de décembre et janvier 2007 a retenu l'attention. Ce long texte est signé Jean-Pierre DIGARD.


En voici un aperçu très résumé.

En Occident, il y a une hiérarchie qui différencie les animaux  domestiques. D'une part ceux que nous élevons pour leur produit et leur service et d'autre part les bêtes de compagnie qui ne sont destinées qu'a notre agrément.   Alors que les premiers sont de plus en plus élevés industriellement et abattus à la chaîne, le plus loin possible de nos regards, avant d'aboutir dans nos assiettes sous forme méconnaissables, les seconds sont choyés dans nos familles, presque aussi bien -parfois mieux !-  que nos propres enfants… Entre ces deux groupes, le cheval occupe une position intermédiaire… Il tend aujourd'hui par ces fonctions dans les loisirs à se rapprocher des animaux de compagnie. La féminisation de l'équitation conduirait à modifier le rapport aux chevaux. Tandis que les hommes limitent volontiers le contact avec leur monture au temps qu'ils passent sur son dos, les femmes à l'inverse prennent plaisir à cette sorte de « maternage » qu'est le pansage. Peu à peu, une nouvelle culture émerge, désormais : on ne respecte plus le cheval, on l'aime . Ainsi promu, le cheval est devenu l'objet de toutes attentions, de toutes les sollicitudes. Non de celles qui, comme autrefois, favorisaient son emploi, mais de celles qui, de fait, tendent à le canaliser, voire à le limiter. Désormais, dans les compétitions officielles, les sanctions sont strictement réglementées ; en saut d'obstacle, le nombre quotidien de parcours est limité et les chutes sont éliminatoires ; en complet, des parcours routiers et des steeples sont supprimés. Des critiques de plus en plus appuyées sont portées contre la longueur et le rythme des courses d'endurance, le danger (pour les chevaux) des obstacles fixes sur le cross ; demain, le dressage, le mors, la selle seront peut-être visés à leur tour… La « monte en main » ( la saillie) est dénoncée comme un « viol de la jument » L'hippophagie soulève le cœur « des nouveaux cavaliers », de sorte que, depuis 1990 environ, les centres équestres, de peur de voir fuir leurs clients, n'osent plus envoyer (du moins ouvertement) leurs chevaux de réforme à la boucherie.
Selon l'auteur, la miniaturisation de certaines races (Falabellas), la soi-disant équitation « éthologique » ainsi que le « cheval  potager » (celui qu'on n'utilise pas, mais que l'on garde au fond du jardin) sont des dérives vers une surdomestication et le statut familial, le refus de domination et de l'instrumentation ( c'est-à-dire de l'utilisation).

La prolifération des centres équestres, conséquence du succès populaire  du cheval, engendre un risque de saturation du marché et de baisse de la rentabilité : face à cette situation, les professionnels sont partagés quant aux « produits » à proposer : sport ou loisir ? Spécialisation ou diversification ? Dans ce contexte, les enseignants  d'équitation sont déchirés entre, d'un côté leurs aspirations et leur formation initiales –équestres et sportives- et, de l'autre, l'exercice quotidien de leur métier –qui tend vers l'animation hippophile, avec des clients et non plus des élèves.

L'engouement actuel pour le cheval représente dons à la fois la meilleure et la pire des choses : jamais cet engouement n'a été aussi fort et jamais le contexte n'a été aussi favorable à la (re)conquête, par le cheval, de nouveaux débouchés, de nouvelles fonctions et de nouveaux territoires ; en même temps, jamais la crise du monde du cheval n'a été aussi profonde ni la position du cheval  lui-même aussi fragile. C'est pourquoi la période de transition et d'incertitude actuelle doit inciter la vigilance au moins autant que l'optimisme.

 

Commentaires :

Au Bois du Roi, notre choix est clair. Nous pensons que le respect du aux chevaux est une valeur fondamentale. Alimentation, conditions de logement et travail doivent être adaptés parfaitement aux besoins et aux possibilités des chevaux. S'il est normal de ressentir des émotions pour les chevaux en général ou tel ou tel individu en particulier, il faut garder du bon sens. Les chevaux doivent « gagner leur avoine » (la plupart des humains eux aussi travaillent).

Ils épanouissent les cavaliers par leurs aptitudes au travail et au sport. Leur force phénoménale engendre un certain danger qu'il faut canaliser. De sorte que s'ils ne sont pas comme les autres animaux de rentes (bovins, etc.), ils ne peuvent pas être non plus considérés comme le chien ou le chat, compagnon d'une famille.
L'apprentissage efficace de l'équitation exige rigueur, méthode et discipline. Le vrai respect des chevaux ne peut se passer d'une formation réussie. Pourrait-on croire qu'un cavalier médiocre fasse le bonheur de sa monture ? Chez nous la transmission du savoir et l'épanouissement de nos élèves va de pair avec ces valeurs-là. Les résultats sont au rendez-vous : 3400 examens fédéraux réussis, dont une quinzaine de deuxième degré et 200 premiers degrés plus de très nombreux flots en compétition en attestent.

Michel LEQUARRE

 

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Mise à jour : 22-jan-07 ]