Kwinjy réussi 2 courses internationales  en moins de 30 jours


Kwinjy à 10 ans. Il tourne en compétition d'endurance depuis 2004. Il n'est pas du genre matamore, avec lui, pas de coup d'éclat, pas de sensation extraordinaire à l'entraînement, mais plutôt une progression régulière et assez sûre.

Nous le sentons mûrir, peu à peu se renforcer.


Les grandes et longues courses, celles de 160 km, ou de 2 x 100 km sont nos objectifs principaux. Les autres épreuves nous intéressent aussi beaucoup, mais seulement dans la mesure où, elles nous permettent de préparer et de qualifier nos chevaux. Avant d'inscrire un cheval pour une première 160, il faut au moins 2 ans de formation et il vaut mieux attendre l'âge de 8 ans.


Fin juillet, dans le cadre de la foire de Libramont, Kwinjy, monté par Alienor Linotte participait à une course de 113 km. Jacqueline Brisy conduisait l'équipe d'assistance dans laquelle Karin Warnier et Benoît Jonckheere faisaient des premiers pas prometteurs. Bénéficiant de la puissante logistique de la foire, la course a été organisée de façon quasi parfaite.
Alienor ne cherchait pas la victoire, elle voulait seulement obtenir la qualification indispensable en vue de projets plus ambitieux. Il fallait doser les efforts de Kwinjy qui dépassait pour la première fois la distance de 100 km. Notre cavalière a monté prudemment tout au long de la journée en économisant les forces de son cheval, qui termine en duo avec le deuxième classé. Ils sont finalement troisièmes sur sept.


Le 25 août à 6 heures, en selle sur Kwinjy, je prenais le départ de la 160 à Compiègne avec 55 autres concurrents de huit nationalités. Une course en 6 parties entrecoupées de 4 pauses de 40' et d'une de 50'.


  L'endurance française est au sommet de ce sport. Les cavaliers et les préparateurs sont au top, le réservoir de bons chevaux semble inépuisable et l'organisation des courses est sans reproche possible. Compiègne ne fait pas exception : c'est une épreuve magnifique, entièrement dans la forêt, sur des sols sablonneux vraiment extraordinaires !
Au petit matin encore sombre, les langues de brumes suspendues à un mètre du sol donnaient au paysage un air de mystère alors que le peloton s'élançait pour toute une journée de très rudes efforts. L'objectif était d'aller calmement et de finir.
Pendant la boucle initiale, nous avons galopé et trotté à l'arrière d'un peloton très étiré. Sans en faire trop, nous sommes parvenus au premier contrôle après 2 h 15'.
Kwinjy a mis pas mal de temps avant d'être prêt, à 64 pulsations/min.

Nous ne serons plus que 4 ou 5 cavaliers progressant de concert, à environ 14 km/h, durant les boucles suivantes.

Au 2 ième contrôle, dix minutes sont nécessaires pour être à même de faire entrer Kwinjy ! C'est beaucoup trop ! Nous ne nous l'expliquons pas, d'autant qu'à Libramont, il récupérait rapidement. Enfin, tout se passe bien et nous pouvons repartir. Sur la piste, aucun problème, Kwinjy est très bien, mais ne boit pas. Nous craignons la déshydratation.
A la fin de la troisième partie (82ième km),  il passe  aisément le contrôle, cette fois nous n'attendons que 6'. C'est un peu moins mauvais.







Kwinjy, assez souvent seul maintenant, semble encore disposer de toute son énergie.
  Nous sommes déjà à plus d'une heure des premiers. Je marche à côté de lui dans toutes les côtes et nous galopons lentement sur des allées forestières qui se ressemblent toutes, longues et droites. Quatrième passage au vet, et là, le véto tique un peu sur les allures. Avant de repartir, nous représentons le cheval comme le prévoit le règlement. Auparavant, Kwinjy a été manipulé par l'ostéopathe et par le vétérinaire de l'équipe belge. Autorisation de poursuivre, mais j'ai eu peur (entre 50 et 70% des chevaux sont éliminés lors des 160)!


Cinquième étape, les km de 108 à 140. Tout va bien. Nous rattrapons une britannique dont le cheval n'accepte plus que le pas. Kwinjy boit maintenant lors de chaque pause, ouf ! Le soleil descend, la lumière est belle.
  Les 2 contrôles sont bons, avant cette ultime boucle de 20 km (5' d'attente). J'ai la chance d'assister à l'arrivée des premiers de notre course. Victoire de Ph. Thomas, un cavalier français et deuxième place pour la belge Kristel Vandenabeele, l'actuelle championne d'Europe.

Nous sommes repartis, seuls, lui et moi, sous les arbres. Kwinjy galope encore volontiers. J'aime cette impression d'harmonie, cette énergie bien dosée qui coule avec parcimonie depuis le matin. J'escalade une dernière pente, au pas à côté de mon cheval. Le sommet et un panorama de grande futaie au soleil couchant, dans le silence, sauf le sifflement d'un rapace. Je prends tout mon temps pour admirer pendant que kwinjy broute de grosses touffes d'herbe.
Je vois le panneau « 150 km ». Je croise encore mon assistance si dévouée et parfaitement efficace. J'ai tout le temps de penser à ces 2 amies, Alienor Linotte et Jacqueline Brisy.


Je les compare aux intendances de mes adversaires et je me dis : « elles sont  meilleures ! »
Voici l'avis 155 km, il fait presque noir. J'allume ma lampe frontale. En guise de jalon, l'organisation a disposé de petites loupiotes. Malgré quoi un cavalier brésilien s'est perdu. Les mêmes brumes que celles de ce matin envahissent les clairières. Et kwinjy galope encore ! C'est la nuit.
Je pénètre enfin dans le stade équestre où le speaker est toujours présent afin de commenter notre 27 ième place (à 2h 15' des premiers) pour 3 dizaines de spectateurs, dont tous les belges présents qui ont attendu et me font une ovation sympathique. Kwinjy m'a porté, aux allures, pendant 12h et 10' !
Encore un petit stress au contrôle final, mais inutile car kwinjy est ok. Il a réussi sa première 160, un vrai bonheur !
Bien sûr, comme à Libramont, il n'a couru qu'à 13 km/h. C'est modeste, mais le vrai point noir est sa récupération, particulièrement lente à Compiègne.
  Peu importe, il est parmi les 9 chevaux belges à ce niveau cette année.
Jusqu'ici, il a progressé lentement, mais sûrement. Peut-être un jour finira-t-il une course à 18km/h ?
Notre équipe belge est troisième, ce qui nous vaut le podium le lendemain à la remise des prix, où nous apprenons que le brésilien et son cheval ont été retrouvé dans les bois à une heure du matin !

                                                                                  Michel Lequarré

 

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Mise à jour : 19-jul-07 ]