Endurance, Fischerude, 160 km vus de l'intendance.

 

Première endurance internationale de notre équipe en 2009, Fischerude, situé entre Brème et Hanovre au nord de l'Allemagne, n'était pas une terre inconnue. En effet, il y a deux ans à la même époque, nous avions eu l'occasion de courir une 120 km avec May By. Dans nos souvenirs, il s'agissait de terrains agréables, herbeux ou sablonneux, de paysages de campagne plats comme la main, bref nous nous préparions à une intendance bucolique. Nos impressions passées ont vite du déchanter. La carte (et non un road book en allemand, ouf !) nous amenait effectivement le plus souvent sur des routes à circulation dense plutôt que sur des petits chemins campagnards. Dans ces conditions, les nécessaires nombreux demi tour en 4x4 devenaient parfois épiques, les conducteurs allemands n'appréciant que moyennement les largesses que des belges peuvent prendre avec le code de la route !

Autre point noir : l'eau. Un seul endroit de ravitaillement pour quatre courses différentes dans la même journée, c'était un peu juste.

Mais, en tout, il faut trouver le positif. Cette situation nous a permis de vivre une endurance dense parsemée de peu de temps morts. Riche en émotions également, surtout sur la fin, avec un Bess enjoué et au meilleur de sa forme.

Notre séjour s'est aussi déroulé sous une très bonne étoile : journées lumineuses, sans la moindre goutte de pluie (nous vous avons d'ailleurs ramené le soleil). Boulangerie providentiellement ouverte à 5h30 le matin de la course, nous permettant de profiter d'un petit déjeuner salutaire que l'organisateur n'avait pas prévu (de véritables ascètes ces Allemands !).

Même Bess a pu profiter de cette bonne étoile. Son box était monté à même le sol sur … un champ d'orge ! C'est bien un des premiers chevaux à être mécontent de voir son box paillé !

En ce qui concerne la course proprement dite (qui vous est comptée par Michel sur ce site), l'intendance a rapidement retrouvé ses marques (notre dernière course internationale datait de septembre 2008 à Florac). Les contrôles vétérinaires se sont déroulés sans problème. Au premier temps de repos, Bess s'énervera de voir galoper devant lui deux chevaux lâchés dans un paddock. Par la suite, il comprendra vite que sa journée serait longue et il s'attellera alors à manger et boire, ne se souciant plus de ces chevaux s'agitant sous son nez. Bess se révélera d'ailleurs, du côté appétit et soif, comme un de nos meilleurs « clients » parmi les chevaux d'endurance de l'écurie Bois du Roi.

Le moment le plus intense fut évidemment la fin de course, qui nous ramènera quelques années en arrière, à un certain Championnat de Belgique remporté par Habibate. Croyant voir arriver seul notre couple, Bess ayant mené seul les 20 derniers Km, ce sont en fa it trois cavaliers qui surgiront à l'horizon. Devant ce rythme effréné, et voyant que Bess peinait à suivre l'allure, Michel lèvera sagement le pied dans les derniers 500 mètres pour finalement terminer à une très belle troisième place.

Bien lui en prit, deux heures après la fin de course, soit à passer 22h00, Bess remportera la meilleure condition physique décernée par le pool de vétérinaires (pour rappel : le départ avait été donné à 6h00… du matin !).

Après une nuit de repos bien méritée, notre séjour s'achèvera par une remise des prix en bonne et due forme où chaque participant classé sera mis à l'honneur, et ce, quelle que soit sa catégorie. Belle marque de respect. Nous finirons de manière insolite, au milieu de notre champ d'orge, par une interview (en anglais) de Michel, destinée à être publiée sur un site Internet d'endurance.

Une belle expérience, un agréable séjour au milieu de ces incroyables chevaux d'endurance.

 

Petit tour des quelques raisons d'être de l'intendance en compétition d'endurance.

 

Imaginez : 160 km à cheval, principalement au galop, sans aucune assistance ni pendant la course ni aux nombreux contrôles vétérinaires. Pas si simple à gérer, que ce soit au niveau physique ou moral, autant pour le cheval que pour son cavalier.

Même si notre équipe a déjà pu assister à ce type d'exploit, ce genre de performance reste exceptionnelle.

Le rôle de l'intendance consiste principalement à amener le cheval (et accessoirement son cavalier) au terme de la compétition (maximum 160 km par jour) dans la meilleure condition physique possible de manière à passer sans encombre les différents contrôles vétérinaires (minimum 8 sur une 160 km ). Chaque contrôle est une sanction qui peut s'avérer fa tale, la suite de la course étant suspendue à la décision des vétérinaires.

Plusieurs critères physiques et métaboliques entrent en ligne de compte. Les deux principaux sont : le cardiaque (maximum 64 BPM sur une 160 km ) et le contrôle des allures (pas de boiteries régulières sur un trotting aller/retour de 2 X 40 m ).

L'intendance déploie donc une armada de moyens afin de conserver l'intégrité physique du cheval. Le cavalier, quant à lui, doit gérer au mieux sa course en fonction des possibilités physiques de sa monture.

La priorité : conserver la température corporelle du cheval dans des moyennes raisonnables (les paramètres métaboliques en dépendent). Le principal moyen : eau fraîche en abondance, à verser sur les parties du cheval richement vascularisées, donc surtout sur l'encolure et en cas de météo clémente, sur les grandes masses musculaires de la croupe. De plus, le cheval régule sa température interne par transpiration, l'effort lui fait donc perdre énormément d'eau. Un autre rôle de l'intendance est de compenser cette perte en tenant à disposition de l'eau potable en quantité suffisante et de trouver de multiples ruses pour faire boire les chevaux récalcitrants (ex : sel dans la nourriture la veille de la course, foin immergé dans ses rations d'eau …). Le véhicule d'intendance est en permanence chargé d'un minimum de 80 à 100 litres d'eau.

Ce travail s'effectue non seulement pendant la course, mais aussi lors des temps de repos. Cependant, c'est après l'arrivée de chaque boucle que commence la véritable « course » de l'intendance. Le cheval ne pouvant ni être rentré au box ni attaché de manière sécurisante (pour les cavaliers qui le connaissent, je vous laisse imaginer la situation avec un Sheytan au mieux de sa forme), il faut :

- débrider, desseller et fa ire descendre sa t° corporelle en un minimum de temps. Le temps écoulé entre le passage de la ligne d'arrivée et l'entrée au contrôle vétérinaire étant comptabilisé dans le temps de course.

- après contrôle : le laver, lui apporter les soins nécessaires, entre autres, boissons, nourritures, massage, soins des divers petits « bobos »

- penser à recharger le véhicule en eau (nous conduisons un 4 X 4 et non une citerne ambulante !).

- résoudre les divers petits problèmes du cavalier (matériel …).

Tout ça dans un créneau horaire qui varie de 40 à 50 min. (30 min. si l'organisateur est vraiment sadique). Avec, pour les dernières boucles, donc les plus cruciales, un contrôle vétérinaire supplémentaire (recheck) 10 min. avant de repartir sur le parcours (le temps de repos du cheval en étant réduit d'autant).

Multipliez le tout par 6 et ajoutez-y plus ou moins 10h40 de course pour une moyenne de 15 km/h et vous aurez une bonne idée de ce que peut-être une journée marathon de l'intendance.

Alors, me direz-vous, pourquoi tant d'efforts ? Je vous répondrais pour le geste sportif, la réussite d'une équipe, mais avant tout pour l'émotion provoquée par une fin réussie de 160 km . Cette émotion est toujours à la hauteur des efforts déployés.


Parfois, une grande effervescence règne lors des grandes courses. Ici au Championnat d'Europe en 2005.
Il n'y a pas moins de 9 personnes autour du cheval !

Jacqueline Brisy

 

 

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Mise à jour : 25-avr-09 ]