Endurance

140 km pour rien !

D'abord un mot à propos de Bess. Il poursuit ses qualifications. Récemment, il a participé avec succès à 2 courses de 50 à 60 km. Alienor Linotte et moi l'avons monté. Nous étions d'accord : il nous a fait une excellente impression. Sheytans a aussi recouru avec satisfaction, sur 74 km.


En endurance, les éliminations sont ressenties très négativement. Ce sont des taches dans un palmarès, elle dévalorise fortement le cheval et son écurie.

Habibaté a complètement raté le rendez-vous d'Aachen. Nous ne connaîtrons jamais la ou les raisons de cet échec. Il avait pourtant reçu une préparation rigoureuse… Il me semblait si en forme…
Après ce championnat, il a boité 4 jours de l'antérieur droit.
Nous lui avons donné deux semaines de repos, puis il a repris l'entraînement.
Au début cela semblait bien se passer, mais nous avons vite constaté qu'il avait mal aux pieds, surtout à droite. Il trébuchait au moindre caillou, répugnait à allonger sa foulée sur terrain dur et recherchait de lui même la bande de gazon sur le bas côté. Le travail a été interrompu plusieurs fois. Entre-temps, je l'avais inscrit à la course de Calais sur 160 km .

Le maréchal- ferrant, Sébastien Pallen, l'a referré adroitement avec des fers spéciaux.
Dès lors cela a été mieux, progressivement il n'a plus été aussi sensible. Nous avons décidé de courir, mais nous n'étions guère confiant. Pensez, 160 km avec des pieds comme du verre !

J'avais espéré des terrains souples, peu d'asphalte, pas de pierre.
Lors de mes reconnaissances sur place, mes craintes ont pris de grandes proportions : il y a de nombreux chemin empierrés et beaucoup de petite route. De plus il nous faudrait courir une heure entière dans l'obscurité (départ à 6 heure) avec une lampe frontale qui éclaire à peine et ne permet pas de choisir où le cheval met les pieds…J'ai décidé d'être le plus prudent possible, de courir lentement.

La veille de l'épreuve, contrôle vétérinaire initial et grosse frayeur. Les vétos demandent un deuxième passage pour vérifier les allures, puis se concertent avant d'accorder le feu vert du bout des lèvres. Ca commence bien ! Je suis d'humeur noire.
Je ne me vois pas aller bien loin.

Trente-six partants, six nationalités, le n°1 mondial, les 4 premiers du ranking français, l'ex championne du Monde et presque tous les meilleurs belges dont la championne d'Europe, il y a du beau monde au départ !

Le peloton de chevaux, la nuit noire…le tintamarre des fers sur le tarmac…C'est l'ambiance surréaliste du début des grandes courses… Et tout va bien ! Habibaté trotte allègrement, à l'aise sur ses pieds. Il est en forme. Comme prévu, je laisse les concurrents me dépasser et prendre de l'avance, mais je suis à deux doigts de me faire embarquer tellement il tire.
Nous galopons 9 km sur la plage entre les caps Blanc Nez et Gris Nez. Habibaté, qui n'a jamais vu la mer ne s'inquiète de rien. Premier contrôle après 39 km et tout se passe le plus facilement du monde ! Alienor Linotte et Jacqueline Brisy sont au poste, merveilleuses, comme toujours. Boucle suivante : tout est bon, vet gate sans problème. Le cheval récupère très vite, nous gagnons quelques places. Dés lors ma confiance augmente. J'ai d'excellentes sensations. Habibaté est vraiment au mieux. Je sens d'énormes réserves d'énergie. Nous bénéficions enfin de tout le travail accompli depuis mars. Les km s'enchaînent, tous les contrôles se passent parfaitement…jusqu'au 140 ième km. Nous sommes à une demi-heure des premiers, mais en bonne position pour terminer vers la douzième place, ce qui serait bien compte tenu d'un début trop lent. A ce cinquième passage devant les vétos, un premier docteur examine notre cheval et le déclare ok.
Survient un autre vétérinaire (un compatriote que je ne connais que trop bien) qui exige un nouveau trotting…et élimine Habibaté pour une boiterie de l'antérieur droit. Je suis stupéfait  et pas du tout d'accord. Il n'y a pas de boiterie nette. Plusieurs observateurs avertis désapprouvent cette décision, à mes yeux injuste, mais il n'y a aucun recours, c'est fini !
Je me pose des questions sur ces vétérinaires qui voient des claudications qu'eux seuls constatent. C'est un grand débat qui concerne l'essence même de la discipline.

 

Le n°1mondial Jack Bégaud (France) gagne la course et je me console en assistant à la joie profonde d'Anne Cuvelier et de son compagnon, des belges avec qui je concoure souvent. Ils sont sixièmes et pleurent à chaudes larmes sans pouvoir se remettre.
Quelle intensité dans ce sport, les émotions y ont de la vigueur !


Michel Lequarré

 

 

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Mise à jour : 25-jul-07 ]