Bess, impressions de course.

 

La course devait être longue, j'ai cru comprendre que je n'avais jamais couvert une telle distance. Pourtant, voilà déjà la fin. Galopant au botte à botte avec mon compagnon d'un jour, je franchi la ligne qui m'amène au centième kilomètre.

 

L'aventure a commencé il y a quelques mois. D'entraînements en courses qualificatives, apprivoisant le transport en van, appréciant les privilèges naissants du cheval d'endurance (massage, repos après l'effort, nourriture spécialisée), je m'adapte à ma nouvelle situation.

 

 

C'est la première fois que je « déloge » pour une compétition. Heureusement, un compagnon d'écurie, en l'occurrence Diego, m'accompagne. C'est toujours plus facile d'affronter l'inconnu à deux. Après un voyage sans encombre, nous arrivons à Mellet dans la région de Charleroi. Mon box est sombre mais frais (heureusement vu la température annoncée pour le jour de la course). Diego fait rapidement comprendre à son entourage qu'il n'apprécie pas d'être séparé de moi. En moins de cinq minutes, il se retrouve dans un box en face du mien. C'est mieux ainsi. Petite détente au pas avant le repas du soir et les derniers soins. S'annonce enfin une bonne nuit de repos pour affronter sereinement le périple de demain. Nuit écourtée par l'agitation de mon voisin. Il a un vrai comportement de flibustier cet Escobar Joy. Mais j'apprendrai par la suite que le pauvre a été, dès son arrivée, séparé de ses compagnons de voyage. Je comprends mieux son état de stress.

 

6h30, ils sont fous ces humains ! Les voilà qui, à peine le soleil levé, s'agitent, me bichonnent (je vous rappelle quand même que j'ai déjà pris une douche complète avant-hier), me font trotter dans un petit manège sombre. Il parait que je suis bon pour le service. J'en déduis que le départ ne devrait pas tarder. Je suis harnaché avec le plus grand soin. Bizarre, la selle pèse beaucoup plus lourd qu'à l'habitude. C'est vrai, sur ces courses, le cheval doit porter un poids minimum de 75kg. Dom mage car, avec ma cavalière, on était loin du compte. Diego, pas trop agité, m'attend dans la cour. Je reste calme et curieux de ce qui m'entoure. Nous sortons du manège, plusieurs autres chevaux nous accompagnent. Enfin le signal du départ. Pendant quelques centaines de mètres, nous devons rester grouper derrière une « voiture pilote ». La voiture s'écarte et voilà les premiers partis à toute allure. Je veux leur emboîter le pas mais ma cavalière n'est pas du même avis. Je me retrouve aussi sec calé derrière la croupe de Diego, nettement moins enclin à vouloir suivre la cadence.

 

Les terrains ne sont pas mauvais, hormis ces grosses pierres rondes qui recouvrent certains chemins. Nous aurons même le droit de traverser, à trois reprises, un superbe golf, dont le gazon anglais sera doux à nos pieds. Bien qu'il n'y ait quasiment pas de relief, les paysages sont loin d'être monotones. Des champs, en devenir verts, à perte de vue, de temps à autre une route à traverser ou à longer sur quelques centaines de mètres. Je me prendrai même un instant pour Don Quichotte, affrontant ces moulins modernes que sont les éoliennes. Ma cavalière a beau me répéter que ces ombres mouvantes sur le sol ne sont pas dangereuses, ça ne me rassure qu'à moitié. Et puis il y a les points d'intendance, avec l'eau que je bouderai les 40 premiers kilomètres (pas bien, me disent-ils tous en chœur !) et Alienor que je reconnaîtrai de plus en plus vite, pointant mes oreilles dans sa direction dès que je l'apercevrai.

 

Nous devons avoir parcouru une trentaine de kilomètres Diego et moi, lorsque nos cavaliers commencent à hésiter. A peine reparti au trot d'un point d'intendance, ils nous font repasser au pas, trotter à nouveau. Le verdict tombe, Diego boite de l'antérieur droit. Après une deuxième tentative, l'aventure se termine ici pour lui, il rentrera au pas. Me voilà donc seul dans ces immenses campagnes. Seul ? Pas vraiment. Un jeu de « va et vient » s'installe avec une vieille connaissance nocturne. Escobar Joy, nettement plus zen que cette nuit, n'a décidément pas le même rythme que moi. Nous passons notre temps à nous dépasser. Cette situation me rend un peu nerveux. Après explication, il s'avère qu'Escobar à déferré, il ne peut donc faire des allures que sur les très bons terrains. Je comprends mieux la gestion de course de sa cavalière.

 

Enfin le manège, 40km dans les jambes et non, je ne boirai toujours pas ! Dessellé, rafraîchit, on me colle un objet bizarre sur le flanc. Ils écoutent mon cœur parait-il. Passage devant les vétérinaires après quelques minutes, je dois à nouveau trotter dans ce petit manège sombre. Il commence à faire chaud, je rejoins mon box frais et ombragé avec bonheur. Du bon grain m'attend. Je mange volontiers. Quarante minutes pendant lesquelles nous serons, ma cavalière et moi, bichonnés par l'intendance.

 

Je repars seul sur cette deuxième boucle de 30km. Pas pour longtemps, je suis en effet vite rejoins par Escobar et ses nouvelles chaussures. Il a les pieds solides ce cheval ! La conversation s'engage entre nos deux cavalières. Escobar, cheval d'écurie hollandaise est en fait monté par une suissesse habitant Bâle, dont le propre cheval pâture en France. Drôle de monde que celui de l'endurance.

 

Les points d'intendance se succèdent. Je bois enfin. Revoilà notre joli golf et à nouveau le manège. Passage au contrôle vétérinaire, tient il y a un petit nouveau dans l'équipe d'intendance (il s'agit en fait de Michel qui, privé de sa monture, nous prête main forte- ndlr). Retour au box. Vu l'agitation ambiante, je sens que ma journée n'est pas terminée.

 

Bien vu, nous voilà reparti pour les 30 derniers kilomètres. Je traîne les pieds, je n'ai plus envie de m'éloigner de ce box ombragé. Ma cavalière m'encourage, me promettant qu'Escobar nous rejoindrais bientôt. J'avance dans de gros soupirs, lorsque, surprise, un fjord assez costaud arrive à ma hauteur. Un peu honteux, j'ai quand même une réputation de pur-sang arabe à défendre, je me mets dans son sillage. Et le bougre, il avance. Il faut dire que son cavalier est, la plus part du temps, en train de courir à ses côtés. Pas sûre que ma compagne de route soit capable d'une telle performance (je confirme ! ndlr). Enfin, Escobar arrive. Sa présence me fait un bien fou. Je retrouve mon énergie. Parfois trop, au goût de ma cavalière dont la courbe de forme est inversement proportionnelle à la mienne. Plus nous nous rapprochons du manège, plus je tire et demande à avancer. Mais le but est de terminer en bon état. Nous resterons donc raisonnable jusqu'au bout du chemin.

 

Le contrôle vétérinaire final n'est qu'une formalité. Pour Escobar aussi et c'est tant mieux.

Je me sens bien, ma cavalière est heureuse. Ce fût une très belle journée dans la campagne carolorégienne.

 

Mon prochain défi : affronter la Mer du Nord au Pas de Calais pour, cette fois, une 120km.

 

Bess (sous la plume de Jacqueline).

 

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Mise à jour : 20-avr-07 ]