Impressions de Marie Lequarré en stage en Angleterre

Une écurie de courses


20 décembre 2006

Voici neuf jours que je suis entrée à Kingsdown, l'écurie de courses de Jamie Osborne, qui est ex-jockey mais pas n'importe lequel : le préféré de la défunte reine mère d'Angleterre. Ici, le « big boss », c'est lui. Il y a aussi Rön qui, lui, est ici tous les jours et nous entraîne au quotidien.
Kingsdown n'est pas la seule écurie de courses, je me trouve dans  un grand village avec uniquement des écuries comme celle-ci, une trentaine environ. Les plaques de signalisation ne sont pas « Attention école » mais, « Attention racehorses »
  (chevaux de courses). A l'entrée du village il est indiqué « vallée des chevaux de courses », vous pouvez donc imaginer que tous les chemins sont conçus pour les chevaux, qu'il y a des pistes d'entrainement partout, des champs et prairies à perte de vue et des petits jockeys dès 5h30 qui vont et viennent sur les chevaux, j'en fais partie !

Il est sept heure du matin, un lad (groom) me met sur «  Six Shoot  », cheval né en mars 2004, il est entièrement noir avec le poil rasé et brillant, il a une pelote sur le front et quelques crins blancs dans la queue. J'ai monté quatre fois ce cheval sur la piste extérieure et à chaque fois je me suis faite embarquer (n'oubliez pas que c'est un cheval de course, quand je vous dis embarquer, c'est quatre fois plus vite que lorsque je n'avais plus d'emprise sur Mom lors d'un cross …). Je n'avais aucun contrôle, ce qui excitait tous les autres chevaux et laissait les jockeys bien derrière, certains fâchés et d'autres perplexes sur mon niveau d'équitation. Rön m'expliquait que si Jamie Osborne voyait ça, il m'enverrait faire les box ! Les autres cavaliers, bien plus expérimentés que moi, m'ont montré et expliqué (en anglais) avec l'aide de leurs mains, leurs jambes et leur corps, les gestes que je devais faire. Tenir ses rênes comme ça… et pour ralentir, faire tel mouvement sans lever les mains, j'ai vite compris que tout était très différent !

Voilà que Jamie Osborne arrive avec des clients potentiels pour l'achat d'un cheval. Ils se mettent à l'entrée de la piste intérieure et repèrent Six Shoot que je monte. Jamie me demande de venir pour montrer le cheval sur la piste extérieure au galop. Vous pouvez imaginer comme moi ce que j'ai pensé … « merde !!! ». Je savais qu'il me demanderait de partir au petit galop, d'accélérer au milieu sur 600 mètres et de revenir lentement avant la fin. J'avais déjà vu une  présentation deux jours avant. Je quitte donc l'entraînement seule et vois Rön de son œil d'entraineur confiant me remontrer avec ses mains le geste que je devais faire. Pendant que Jamie Osborne et ses clients montent dans la voiture pour me suivre, je me rends à la piste extérieure, je raccourcis mes étriers (à une main, toute une technique !), afin d'avoir mes genoux à gauche et à droite du garrot, prépare mes rênes et la position de mes mains comme les autres me l'avaient montré. Jamie Osborne et les yeux des clients me regardent, j'étais prête pour … me faire embarquer !

Six Shoot est une boule de feu entre mes jambes. Ca démarre ! Je gère les premières foulées. Il commence à accélérer, mais j'ai toujours le contrôle, puis je sens une foulée plus ample et plus haute, j'applique le geste que Rön et les autres m'ont appris sans lever les mains, je rectifie l'inclinaison de mon corps, pèse sur mes genoux et mes pieds et fais un demi-arrêt à droite, cela en une fraction de seconde, ça ne s'est pas vu, et tout de suite après, je pose mes mains, les relaxe, décontracte à peine (merci Stéphane !) et je sens le cheval ralentir, je reste en équilibre, les doigts souples et garde ce galop lent. La question n'était pas COMMENT agir, les gestes je les avais acquis avec d'autres chevaux, mais QUAND agir. Et ça, moi seule pouvais le sentir. Toujours avec la voiture qui me suit, Jamie Osborne me crie « more quick now », je devais donc accélérer mais avec mesure, je tends mes rênes, me penche plus en avant, avance les mains sur l'encolure et voilà le cheval parti, je reste bien en équilibre. Les rênes se tendent de plus en plus et le cheval va. J'ai vite compris qu'ici quand on prend sur les rênes ça veut dire « aller, tend, prend le contact et avance », plus que « reviens, ralentis ». Oui, tout est différent.
  Le cheval commence à m'emmener, je n'aurai plus le contrôle dans quatre ou cinq foulées et je ne saurai plus revenir avant la fin de la piste. Et là, comme si Jamie Osborne était à ma place, il me demande de ralentir. Je change donc à nouveau la position de mon corps, applique ce que l'on m'a appris en pensant à ne surtout pas prendre sur les rênes comme j'ai toujours appris pour ralentir un cheval.  C'est donc en plein galop que je relaxe la bouche de mon cheval, fait deux petits demi-arrêts et repose ma main. C'est ainsi que j'ai senti le cheval se « rasseoir » et ralentir. J'ai fini au petit galop. Quand je suis arrivée au bout de l'allée en sable, j'ai lâché mes rênes demi-longues et me suis mise debout sur mes étriers pourtant si courts, et là, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire !

En rentrant, il y avait le lever du soleil qui perçait le brouillard devant moi et le ciel tout bleu juste au dessus. C'est avec les joues fraîches, le cœur chaud et les pieds gelés que j'ai ramené six-shoot au box. Moment magique.

J'enchaîne ainsi cinq chevaux par jour dans la matinée, tous différents. Ici, ce n'est pas « cavalier suivant », mais « cheval suivant » ! J'apprends beaucoup et vis des moments intenses.
Après, nous donnons tous ensemble à manger aux chevaux puis, c'est le repos, aussi bien pour les chevaux que pour les cavaliers. De midi à 16h, tout est calme, le silence. A 16h, nous faisons quelques box, les soins, rangeons nettoyons et donnons à manger. A 18h, c'est fini.

Le plus beau cadeau que l'on pouvait me faire, c'était de me trouver un endroit comme celui-ci, où je monte et apprends sur de si jeunes et puissants pur-sang. Même si ce n'est pas toujours facile, c'est un fabuleux cadeau de Noël !

Merci à la merveilleuse Anne-Françoise Deckers, l'ancienne groom de mon père, à qui je dois d'être là.

Bonne Année…. Je pense beaucoup à vous tous.

Ps : gros bisous à tous mes petits élèves et à tous les chevaux.

                                                                                                 Marie Lequarré

 

 

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Mise à jour : 22-jan-07 ]