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Impressions de Marie Lequarré en stage en Angleterre
Voici neuf jours que je suis entrée à Kingsdown, l'écurie de courses de Jamie Osborne, qui est ex-jockey mais pas n'importe lequel : le préféré de la défunte reine mère d'Angleterre. Ici, le « big boss », c'est lui. Il y a aussi Rön qui, lui, est ici tous les jours et nous entraîne au quotidien. Il est sept heure du matin, un lad (groom) me met sur « Six Shoot », cheval né en mars 2004, il est entièrement noir avec le poil rasé et brillant, il a une pelote sur le front et quelques crins blancs dans la queue. J'ai monté quatre fois ce cheval sur la piste extérieure et à chaque fois je me suis faite embarquer (n'oubliez pas que c'est un cheval de course, quand je vous dis embarquer, c'est quatre fois plus vite que lorsque je n'avais plus d'emprise sur Mom lors d'un cross …). Je n'avais aucun contrôle, ce qui excitait tous les autres chevaux et laissait les jockeys bien derrière, certains fâchés et d'autres perplexes sur mon niveau d'équitation. Rön m'expliquait que si Jamie Osborne voyait ça, il m'enverrait faire les box ! Les autres cavaliers, bien plus expérimentés que moi, m'ont montré et expliqué (en anglais) avec l'aide de leurs mains, leurs jambes et leur corps, les gestes que je devais faire. Tenir ses rênes comme ça… et pour ralentir, faire tel mouvement sans lever les mains, j'ai vite compris que tout était très différent ! Voilà que Jamie Osborne arrive avec des clients potentiels pour l'achat d'un cheval. Ils se mettent à l'entrée de la piste intérieure et repèrent Six Shoot que je monte. Jamie me demande de venir pour montrer le cheval sur la piste extérieure au galop. Vous pouvez imaginer comme moi ce que j'ai pensé … « merde !!! ». Je savais qu'il me demanderait de partir au petit galop, d'accélérer au milieu sur 600 mètres et de revenir lentement avant la fin. J'avais déjà vu une présentation deux jours avant. Je quitte donc l'entraînement seule et vois Rön de son œil d'entraineur confiant me remontrer avec ses mains le geste que je devais faire. Pendant que Jamie Osborne et ses clients montent dans la voiture pour me suivre, je me rends à la piste extérieure, je raccourcis mes étriers (à une main, toute une technique !), afin d'avoir mes genoux à gauche et à droite du garrot, prépare mes rênes et la position de mes mains comme les autres me l'avaient montré. Jamie Osborne et les yeux des clients me regardent, j'étais prête pour … me faire embarquer ! Six Shoot est une boule de feu entre mes jambes. Ca démarre ! Je gère les premières foulées. Il commence à accélérer, mais j'ai toujours le contrôle, puis je sens une foulée plus ample et plus haute, j'applique le geste que Rön et les autres m'ont appris sans lever les mains, je rectifie l'inclinaison de mon corps, pèse sur mes genoux et mes pieds et fais un demi-arrêt à droite, cela en une fraction de seconde, ça ne s'est pas vu, et tout de suite après, je pose mes mains, les relaxe, décontracte à peine (merci Stéphane !) et je sens le cheval ralentir, je reste en équilibre, les doigts souples et garde ce galop lent. La question n'était pas COMMENT agir, les gestes je les avais acquis avec d'autres chevaux, mais QUAND agir. Et ça, moi seule pouvais le sentir. Toujours avec la voiture qui me suit, Jamie Osborne me crie « more quick now », je devais donc accélérer mais avec mesure, je tends mes rênes, me penche plus en avant, avance les mains sur l'encolure et voilà le cheval parti, je reste bien en équilibre. Les rênes se tendent de plus en plus et le cheval va. J'ai vite compris qu'ici quand on prend sur les rênes ça veut dire « aller, tend, prend le contact et avance », plus que « reviens, ralentis ». Oui, tout est différent. En rentrant, il y avait le lever du soleil qui perçait le brouillard devant moi et le ciel tout bleu juste au dessus. C'est avec les joues fraîches, le cœur chaud et les pieds gelés que j'ai ramené six-shoot au box. Moment magique. J'enchaîne ainsi cinq chevaux par jour dans la matinée, tous différents. Ici, ce n'est pas « cavalier suivant », mais « cheval suivant » ! J'apprends beaucoup et vis des moments intenses. Le plus beau cadeau que l'on pouvait me faire, c'était de me trouver un endroit comme celui-ci, où je monte et apprends sur de si jeunes et puissants pur-sang. Même si ce n'est pas toujours facile, c'est un fabuleux cadeau de Noël ! Merci à la merveilleuse Anne-Françoise Deckers, l'ancienne groom de mon père, à qui je dois d'être là. Bonne Année…. Je pense beaucoup à vous tous. Ps : gros bisous à tous mes petits élèves et à tous les chevaux.
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22-jan-07
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