160 km avec Kwinjy dans le Périgord Noir

En juin 2007, Kwinjy a manqué le championnat de Belgique sur une décision vétérinaire contestée. En août, nous avons dû abandonner en Allemagne car il n'était pas dans son assiette. Pourtant, toute notre équipe croyait en lui. Nous sentions qu'il pouvait réussir une grande course cette année.
A 1000 km de chez nous, le cadre de l'endurance de Monpazier est un paysage harmonieux, à proximité de la large Dordogne , au sein du Périgord Noir.
Noir comme les truffes.
C'est aussi le pays du foie gras, des grottes de Lascaux et de nombreux châteaux de toutes les époques. La qualité et la douceur de vivre y sont palpables.
A 5 heure, la course part dans la nuit sans lune. Nous sommes 35 cavaliers.
Deux belges (Karine Boulanger monte Armia), un algérien et les français, avec leur flopée de champions. Comme toujours, le défilé des vacillantes lumières frontales que je contemple à chaque changement de cap, me procure de l'émotion.
Tout est noir. Dans la file, qui mène grand trot, je ne distingue que la croupe du cheval et le dos du cavalier qui me précèdent. Kwinjy devine le terrain comme il peut. Il trébuche souvent. Beaucoup de gros cailloux affleurent à la surface des chemins. Impossible d'anticiper, je ne vois rien du sol. Plusieurs fois, je pense : « nous allons tomber ! » Cela arrive en bas d'une descente. Le piège est une rigole. Dans notre chute, Kwinjy retombe sur ma jambe gauche, en même temps il s'érafle nez et genoux.
La colonne s'arrête 30 secondes et repart. Je suis en selle avec une forte douleur à la cheville. Si cela persiste, je dois me préparer à souffrir, il reste 140 bornes ! Et kwinjy ?
Je ne perçois aucune boiterie, mais si ses plaies sont trop profondes, il sera éliminé au premier contrôle, dans 10 km . Ca commence mal, la série noire encore et encore ?
Nous arrivons au premier vet-gate.
Un cerf brame au loin.
Le soleil va se lever, on commence à y voir un peu.
Les blessures aux genoux sont presqu'anodines. Ouf ! Par contre, Kwinjy est comme un balafré. Sa liste est toute rouge. Alienor Linotte a vite fait d'arranger tout ça, et encore à la lumière de projecteurs, nous passons facilement devant les vétérinaires à 5' des premiers.

Cette fois Jacqueline Brisy n'a pas pu nous accompagner. Mais une jeune cavalière locale, Louise, va se révéler une excellente adjointe pour Ali.
Seconde boucle. Heureusement, je n'ai plus mal.
Mon objectif est simple : je veux terminer. Il faut une réussite.
Je ne prends pas de risque. Il y a toujours beaucoup d'éliminations sur cette compétition aux multiples difficultés. Le relief est varié, montées et descentes sont plus nombreuses que
les allées plates. Il y a de la caillasse, de la boue…
Je prends le pas dans les fortes côtes, je ralentis dans les passages de pierres. Peu à peu, les concurrents me dépassent, de sorte que je parviens le dernier au second repos, dans le parc d'un château. Il est 9 h 40' et nous avons déjà parcouru 60 km !
Au début de la troisième boucle, nous cheminons à trois cavaliers. Kwinjy est allant.
A nouveau, nous voilà seuls, lanterne rouge. Beaucoup de côtes. Au 86ième km, je talonne pour la première fois.
Aucun souci au troisième contrôle.
Il fait beau. (La température atteindra 27°)
Toute la quatrième boucle, nous restons isolés en fin de convoi. Mais Kwinjy a du moral et cela ne semble pas l'affecter. Après 119 km , nous revoilà à l'examen véto. Tout va toujours bien.
Mais nous sommes à une heure des premiers. Karine Boulanger coure pour la gagne, je viens de la croiser car les meilleurs sont déjà sur la cinquième étape.
Je fais les deux dernières parties en compagnie d'un français, un jeune qui court souvent à côté de son cheval, une pratique que l'on ne voit presque plus.. Nous nous encourageons mutuellement, hommes et chevaux, cela semble un peu plus court. Entrainées l'une par l'autre, nos montures galopent encore facilement.
Il faut remettre nos loupiotes. La nuit tombe et les cigales chantent.
Kwinjy en est à sa douzième heure d'allure !
L'arrivée est sur un hippodrome. Nous galopons. Nuit sombre sur la grande piste.
En face, la tribune est pleine car il y a une réunion pour la course de 120 km du lendemain.
Le speaker est enthousiaste en nous annonçant. Il fait monter l'ambiance, de sorte que le public nous fait une ovation digne d'une victoire dans un grand championnat. C'est amusant comme tout et en même tant j'ai le ventre un peu noué en pensant à Kwinjy qui allonge aisément ses dernières foulées pour franchir la ligne avec la prestance qui sied devant cette assemblée, nombreuse et si favorable.
Ali trotte le cheval pour l'ultime test, merveilleusement bien, comme depuis l'aube. Je lui dois une fière chandelle. Merci Alienor et Louise ! Les vétos donnent leur assentiment.
Nous avons réussit ! Nous sommes onzièmes.
C'est Karine Boulanger qui remporte cette course prestigieuse à la barbe de tous les français, un exploit retentissant. Elle est folle de joie. Je la comprends !
Michel Lequarré
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