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Trec
Ce sont les cavaliers de trec qui, lorsque la carrière n'est plus praticable l'hiver rongent leur frein sous les néons du manège en attendant le retour d'un temps plus clément qui leur permettra de renouer avec les cours en extérieur. Parce que, finalement, le trec, c'est rendre le cheval à son élément : l'extérieur.
Katherine, la monitrice, divise son cours de trec en trois parties : la maitrise des allures, qui s'apparente au dressage. Cavaliers classiques que nous étions, nous avions des difficultés à comprendre que, pour obtenir ce que Katherine attendait de nous (un galop rassemblé rênes longues, un pas le plus allongé possible, engagé, détendu), il fallait enrayer les réflexes que de longues heures d'équitation classique avaient tenté de nous inculquer, et réfléchir autrement. C'est pourquoi le manège grouille de cavaliers qui se lancent dans des discussions sans fin avec leurs chevaux afin de les persuader que les chandeliers rentrés pour l'hiver et rangés dans les coins de la piste ne sont décidément pas des ennemis monstrueux prêts à les dévorer. Plutôt que de « rentrer dedans », le cavalier de trec prend sa patience à deux mains et s'attache à désensibiliser son cheval. Le trec n'est pourtant pas tellement différent de la monte classique : la décontraction, l'impulsion et la régularité sont les maîtres mots, l'assiette, la jambe, le poids du corps et le regard sont tout aussi primordiaux. Seules les perspectives divergent : le trec est sans doute moins dirigiste, laisse au cheval un droit d'initiative et une part de responsabilité. Le PTV (parcours en terrain varié) : il s'agit de leçons d'« obstacle ». Le but est d'avoir un cheval calme et apte à se sortir lui-même de toutes les situations qu'il pourrait rencontrer en extérieur. Nous avons commencé par travailler sur les buttes, les avons arpentées de haut en bas, de long en large, du galop au pas, puis nous nous sommes aventurés dans le bois à la recherche de ravines, de pentes, de dénivelés, de branches à enjamber. Le cheval s'aguerrit. Pas à pas, il apprend à regarder où poser ses sabots sans « chauffer » ni s'énerver. Puis il y a les leçons plus ludiques, où les chevaux apprennent véritablement à maîtriser leurs peurs, à affronter et à analyser les situations plutôt que de fuir comme leur instinct le leur dicterait. C'est ainsi que la carrière se hérisse quelques fois de drapeaux qui claquent au vent, d'oxers sur lesquels sont placés des tissus multicolores, de nappes en plastique vert pomme, de ballons de frigolite et d'autres objets aussi insolites que possible. Les chevaux s'approchent, certains guerriers, d'autres sabot après sabot, ronflent, avancent le bout de leur nez, font demi-tour au grand galop, reviennent, repartent, s'approchent à nouveau. Le jeu dure parfois longtemps, mais il en vaut la chandelle : à la fin de la leçon, la plupart passent à travers tous ces obstacles dirigés par une simple corde nouée autour de leur encolure. Le POR (parcours d'orientation et de régularité) : c'est le nom que le trec donne aux balades. Mais qu'on ne nous dise pas que Katherine nous emmène en balade ! Elle nous fait partir par groupes de trois cavaliers, dans le noir, avec pour tous repères une lampe frontale arrimée sur la bombe et une carte d'état-major sur laquelle elle a tracé le chemin à suivre. Chaque cheval est prié de mener la colonne pendant une partie du trajet et chaque cavalier de lire la carte à son tour. Les chevaux sont surpris, au début, de quitter le manège à la tombée de la nuit, mais l'air est frais et ils frétillent d'excitation. Il arrive peu que nous nous perdions, car la plupart des sentiers sont connus, mais la pénombre modifie toutes les perspectives : les cavaliers tentent de se fondre dans l'encolure de leurs chevaux quand la tête de la reprise annonce une branche basse ; aveugles, ils s'en remettent totalement à leurs montures. Car ces dernières ne sont pas inquiètes. Elles semblent parfaitement à l'aise et avancent, gaillardes. Il faut même avouer que, parfois, désemparés de nous retrouver perdus dans la nuit noire, nous avons renoncé à trouver le chemin nous-mêmes et avons laissé ce soin aux chevaux… Nous revenons après une heure, transis mais souriants, car l'expérience est belle et nous avons l'impression d'être partis à l'aventure ! La promenade est aussi l'occasion d'éprouver le travail accompli dans les leçons de plat. Avec le temps, on se plait à croire que si le cheval passe sans broncher à côté d'un tracteur vrombissant, alors qu'auparavant, il eut fallu mettre pied à terre, c'est parce que nous sommes sur son dos et qu'après tout ce qu'on lui en a fait voir, il comprend qu'il ne lui est jamais rien arrivé et qu'il a acquis une certaine confiance en son cavalier. La preuve que ce travail porte ses fruits réside dans ce que nous obtenons de nos chevaux. Ce sont des exploits discrets, qui ne se mesurent pas en termes de hauteur d'obstacles franchis ni de qualité de mise en main, mais qui représentent une belle satisfaction, car ils ont demandé des trésors de patience, de caresses, de douceur, de persévérance, et, il faut l'avouer, de rondelles de carottes. Le vert Ascot's Z passe allègement au-dessus de bâches posées dans le manège. Diego, surnommé par d'aucuns « Le Dingo » franchit un carré de barres rempli de ballons de baudruche. Il faut dire que tous ces jeunes peuvent compter sur l'ineffable Bouilland pour leur ouvrir la voie dans les situations difficiles. Gisèle monte son fougueux Mirty « en bikini », selon son expression (c'est-à-dire sans muserolle mexicaine), Forest, réputé « tirer comme un tracteur », saute tous les obstacles de la piste de galop, dans une allure détendue, à cru et en licol. Quant à Ojehem, ancienne terreur des leçons d'obstacle, sa cavalière a beau déployer toute son imagination pour le faire réagir aux situations impossibles devant lesquelles elle le place, ce cheval de cinq ans reste impassible. Le trec est donc bien une discipline à part entière qui demande, comme toutes les autres, régularité, pratique fréquente et assiduité. Les progrès sont parfois lents, mais la discipline est tout sauf ingrate : quel bonheur de monter un cheval qui semble prendre autant de plaisir que son cavalier à effectuer un exercice, qui montre bonne volonté à se mettre au travail quand celui-ci est transformé en jeu et fait preuve de curiosité, voire de satisfaction ! Charlotte Lousberg.
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13-fév-07
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